Ayahuasca (groupe enthéogène)

Les données contenues dans cette fiche ont été recueillies lors d’une enquête de terrain menée dans le cadre d’un projet de recherche GRDU/CEETUM. Les données ont été récoltées par Nicolas Brazeau, assistant de recherche, entre les mois d’avril et de novembre 2010.

Fondateur 

Le groupe est dirigé par un homme d’origine québécoise qui œuvre dans le milieu du développement personnel depuis vingt ans et dont la principale influence religieuse est Osho (un gourou indien aussi connu sous le nom de Bhagwan Shree Rajneesh et qui fut populaire aux États-Unis durant les années 1980). Sa découverte de l’ayahuasca et sa rencontre avec Carioca, qui fut son mentor, remontent au milieu des années 2000. Ayant obtenu la bénédiction de ce dernier, il a commencé à guider des cérémonies d’ayahuasca au Québec.

Groupe d’inspiration 

néo-chamanique; potentiel humain (développement du); néo-hindouisme

Présence 

Le groupe est présent dans la région des Laurentides et couvre le nord-est de l’Amérique du Nord du Manitoba à Boston.

Nombre approximatif de membres  

Environ quinze participants réguliers et une centaine de personnes prenant part aux cérémonies de manière sporadique.

Description générale 

L’ayahuasca est une décoction de plantes originaires de la forêt amazonienne. Il existe plusieurs recettes qui ont toutes les mêmes propriétés enthéogènes, c’est-à-dire qu’elles induisent un état modifié de conscience.

Bref historique du groupe 

Le leader et les plus anciens membres participaient déjà ensemble à des ateliers de développement personnel avant de former le groupe enthéogène. Ils se présentent pratiquement tous comme des sannyasin, c’est-à-dire des « renonçants », ou des adeptes du sannyas (le renoncement), un nom que prennent, entre autres mais pas exclusivement, les disciples d’Osho (on parle parfois de « néo-sannyasins »). Le leader a introduit l’ayahuasca dans le groupe au milieu des années 2000. Durant les trois premières années, ils avaient un groupe plus fermé appelé la Tribu. Les gens devaient s’engager pendant une année afin d’accomplir une formation chamanique. À cette époque, ils avaient un blogue pour échanger sur leurs expériences. Peu à peu, le groupe s’est ouvert à de nouveaux participants qui pouvaient n’y être présent que ponctuellement ou de manière récurrente. Certains membres plus récents ont demandé à avoir un nom sannyasin au cours des cérémonies d’ayahuasca. La Tribu fut dissoute à la fin de sa troisième année. Le décès d’un membre du groupe ainsi que la rupture entre leader et sa femme aurait favorisé cette prise de décision. Désormais, les membres vont choisir d’une fois à l’autre s’ils participent ou non. Il n’y a plus d’engagement à long terme. Les cérémonies sont également plus espacées dans le temps et l’avenir du groupe reste, à l’heure actuelle, incertain.

Structure et organisation  

Le groupe propose des ateliers de développement personnel de type néo-chamanique. L’espace de culte n’est pas déterminé et est variable d’une cérémonie à l’autre. Il y a eu des cérémonies chez des particuliers, dans une auberge administrée par le leader et sa femme, ou encore dans un centre offrant divers ateliers de type chamanique.

À la tête du groupe, on retrouve le leader qui en est également son fondateur. Son autorité est fondée sur la connaissance de l’ayahuasca ainsi que la capacité à guider un groupe à travers cette expérience. Des participants de longue date peuvent agir comme « aide » durant les cérémonies, mais l’égalité de tous les participants est prônée. Ceux-ci paient un montant déterminé pour les cérémonies contribuant ainsi au financement du groupe. Les membres sont pour la plupart dans la cinquantaine, québécois et éduqués. Plusieurs d’entre eux travaillent dans le domaine de la santé, de l’éducation ou de la traduction. Les membres sont originaires du nord-est de l’Amérique du Nord, cependant une majorité habite dans les Laurentides. Le groupe ne fait aucun prosélytisme. Les nouveaux participants sont généralement informés par le bouche-à-oreille.  Le groupe est  affilié à d’autres groupes néochamaniques et entre autres avec l’Amérique du Sud. Le groupe entretient également des liens avec un réseau de la communauté nouvel-âge au Québec.

Convictions fondamentales  

La philosophie d’Osho qui est la principale ligne de conduite stipule que les individus doivent vivre des expériences pour établir leur schème de croyances. Il n’y a donc pas de dogmes auxquels tous doivent obéir. La structure des cérémonies a largement été influencée par Carioca, le mentor du leader de ce groupe. Carioca est un Brésilien, musicien et ancien membre de l’Église Santo Daime du Brésil qui, à défaut d’être présent physiquement au sein du groupe québécois, est présent par la musique et les chansons. C’est au cours d’un voyage du leader de ce groupe que les deux hommes se sont rencontrés.

Certains adeptes croient en la réincarnation, mais tous ne sont pas de cet avis. De manière générale, les participants affirment qu’il existe quelque chose de plus grand que nous, mais sans plus de précisions.

Cultes et rites officiels  

Les cérémonies sont en français si tous les participants parlent la langue. Elles peuvent aussi être bilingues (français/anglais), si nécessaire. Les chants sont en portugais, en hébreu, en sanscrit, en anglais et en français.

Trois ou quatre jours avant  une cérémonie d’ayahuasca, les participants doivent avoir une diète végétarienne, ne pas consommer d’alcool ou de drogue et s’abstenir d’avoir des relations sexuelles.  Souvent, les hommes et les femmes sont séparés durant les cérémonies. Ils occupent chacun une moitié du cercle.  Les participants sont tous habillés en blanc. Tous forment un cercle et ont des petites chaises de méditation pour rester assis durant toute la durée de la cérémonie. Les rituels se déroulent généralement de nuit, mais peuvent commencer en fin d’après-midi. Des recueils de chants sont distribués aux participants. À la fin de la cérémonie, les membres partagent un repas.

Rares sont les cas où parents et enfants participent ensemble aux cérémonies, mais, dans certains cas, des enfants invitent leurs parents ou le contraire. De jeunes couples ont amené leurs enfants aux cérémonies (de 2 à 8 ans). Ces parents sont plus jeunes que la majorité des participants qui ont souvent eu leurs enfants bien avant de participer aux cérémonies d’ayahuasca. De nombreux adhérents ont exprimé leur désir de voir leur famille participer, mais ils respectent le cheminement de chacun.

Plusieurs des membres font appel à des pratiques alternatives en matière de santé. Cependant, ils ne rejettent pas le système public. Certains voient dans l’ayahuasca un potentiel thérapeutique sans pour autant que cela ne soit exclusif. Ils considèrent la décoction davantage comme un outil de diagnostic.

Le groupe entretient des liens avec la Communauté sannyas du Québec ou avec des individus intéressés par la philosophie nouvel-âge. De nombreux participants sont également allés au Brésil pour participer à des cérémonies dirigées par Carioca, le mentor brésilien du leader.

À l’époque de la Tribu, il y avait diverses activités à l’auberge qui était le lieu estival des cérémonies. Il s’agissait d’un lieu de rencontre et de partage pour les sannyasins, adeptes de la philosophie hindoue. Les participants des cérémonies d’Ayahuasca pouvaient s’y rencontrer en dehors des cérémonies. Les fêtes d’ouverture et de fermeture (début et fin de l’été) étaient notamment très prisées. De manière générale, les membres qui connaissaient l’auberge depuis longtemps participaient plus à ces activités autres.