Communauté de la Dame de tous les peuples

Les données contenues dans cette fiche ont été recueillies lors d’une recherche documentaire menée à l’automne 2007 (dernière mise à jour en février 2016) par Élisa Lachance, agente de recherche au CROIR.

Autres appellations

Armée de Marie

Fondatrice

Marie-Paule Giguère (1921-2015)

Groupe d’inspiration

chrétienne (catholicisme romain); dissident

Mission

  • Régénérer l’Église catholique.
  • Préparer le règne de Dieu.
  • Mener le combat contre Satan.
  • Développer en chaque humain la pureté (à l’image de Marie), ainsi que l’obéissance.
  • Développer l’esprit de prière.
  • Travailler à la réforme intérieure des humains et les rendre ainsi plus réceptifs au message de l’Église.

Présence

Province de Québec; Belgique; Pays-bas

Description générale

La Communauté de la Dame de tous les peuples, plus connue sous le nom d’Armée de Marie, est un groupe de confession catholique d’orientation mariale, c’est-à-dire orienté vers la dévotion à la Vierge Marie perçue ici comme une véritable libératrice. Depuis 2007, la communauté est officiellement exclue de l’Église catholique romaine.

Bref historique

Marie-Paule Giguère est née le 14 septembre 1921 à Sainte-Germaine de Lac-Etchemin (Québec). Elle est l’aînée d’une famille de dix enfants. Elle affirme qu’avant sa naissance, sa mère aurait capté des signes selon lesquelles sa fille deviendrait une mystique. Marie-Paule aurait en effet reçu son premier message céleste dès l’âge de douze ans. Une apparition de Jésus l’aurait alors convaincue qu’elle avait une grande mission à accomplir, et qu’il lui faudrait beaucoup souffrir pour y parvenir. Elle aurait aussi été gratifiée de plusieurs apparitions de la Vierge Marie.

En 1937, lors d’une retraite spirituelle, une de ces révélations lui aurait appris, et ce malgré tous ses souhaits, que sa vocation n’était pas celle d’une religieuse. Elle voulut tout de même entrer dans une communauté missionnaire en 1943, mais des problèmes de santé l’en empêchèrent.

L’Armée de Marie est officiellement fondée en 1971, mais l’idée serait venue à Marie-Paule Giguère dès 1954, alors que la Vierge lui aurait insufflé les premières inspirations de ce qui devait être son « armée ». Dans cette perspective, la Vierge Marie prend littéralement la tête d’une armée pour combattre Satan et son œuvre. Dieu aurait décidé que le moment était venu de restaurer l’ordre dans le chaos instauré par Satan dans le monde et c’est Marie-Paule Giguère qui est en charge de mettre en œuvre ce plan divin. Dans un esprit eschatologique, la formation de cette armée de Marie annonce la venue prochaine de la « Vierge de la Révélation » ou de la « Vierge de l’Apocalypse », signe de la défaite de Satan et de la fin des temps.

Le 10 mars 1975, le cardinal Maurice Roy, alors archevêque de Québec, et avec l’appui de l’exécutif de l’Assemblée des évêques de Québec, approuve officiellement l’Armée de Marie et l’érige en association pieuse aux termes du Can. 708 du Code de Droit canonique. Cette reconnaissance officielle deviendra vite problématique et des tensions apparaîtront entre le groupe et le Diocèse de Québec qui voit d’un mauvais œil la théologie proposée par l’Armée de Marie ainsi que certaines de ses actions.

En 2007, à la demande de l’archevêque de Québec le cardinal Marc Ouellet, les enseignements de Marie-Paule Giguère ont été déclarés contraires aux dogmes catholiques par les autorités du Vatican et le mouvement en entier a été officiellement excommunié. Cette décision a été prise suite à l’ordination de cinq diacres par le mouvement en janvier 2007, en contravention du droit canonique qui accorde ce pouvoir uniquement aux évêques. Les événements spécifiques qui ont menés à ce schisme on été résumé dans un billet de Dominic Larochelle sur le site Web de la Montagne des dieux.

À ce jour, les membres de l’Armée de Marie ne semblent toujours pas accepter les décisions de l’Église catholique et se disent toujours incluent dans celle-ci.  La santé précaire de Marie-Paule Giguère dans les dernières années a fait en sorte qu’une relève dirigeante s’est formée, en particulier autour du Père Jean-Pierre Mastropietro, intronisé en 2006 (donc avant le schisme officiel) comme « père de l’Église de Jean », une Église qui prétend éventuellement succéder à l’« Église de Pierre », représentée par l’Église catholique de Rome.

Marie-Paule Giguère est décédée à la Résidence de la Dame de Lac-Etchemin le 25 avril 2015.

Structure et organisation

À l’heure actuelle, la communauté est structuré en cinq « œuvres  » (ou branches) : l’Armée de Marie, fondée en 1971 et qui regroupe toute personne voulant vivre sa foi par la dévotion à la Vierge Marie; la Famille des fils et filles de Marie et la Communauté des fils et filles de Marie, deux œuvres fondées en 1981 « pour relever la famille – cellule de l’Église et de la société –, la vie religieuse et le sacerdoce »; les Oblats-patriotes, fondés en 1986, et qui mise sur l’amour de la patrie; et l’Institut Marialys, fondée en 1992 et dont les membres se vouent à la défense de l’Église du Christ et au « relèvement de la jeunesse ». Ces cinq œuvres forment ce qu’il est convenu d’appeler la Communauté de la Dame de tous les peuples. Il est très difficile d’estimer le nombre de personnes qui gravitent autour du mouvement dans la mesure où même celui-ci ne semble pas garder de statistiques. Le nombre de 25 000 souvent repris dans les médias est probablement très exagéré et n’est en définitive fondé sur rien de concret.

Convictions fondamentales

Toute la structure de la Communauté, ainsi que la théologie que celle-ci propose, repose essentiellement sur l’expérience mystique de Marie-Paule Giguère qui affirme que la Vierge Marie lui aurait transmis plusieurs révélations depuis son enfance. Cette expérience et ces révélations ont été rendues publiques dans son ouvrage Vie d’amour, rédigé à partir de 1958 et dont le premier volume d’une série de quinze fut publié en 1979. Au cœur de la théologie de Marie-Paule Giguère décrite dans Vie d’amour se trouve l’idée de l’« immaculée ». En tant qu’exempte de tout péché, la Vierge est ainsi élevée au rang de quasi divinité, le quatrième membre de la trinité et la mère du monde. Elle acquiert dès lors, selon Marie-Paule Giguère, un pouvoir de « co-rédemptrice ». Ce dernier point est rejeté par l’Église depuis le Concile Vatican II. Les activités des personnes fréquentant le groupe tournent donc entièrement autour de la dévotion à la Vierge Marie.

Par l’intermédiaire de Marie-Paule Giguère, c’est la Vierge Marie elle-même qui prend la tête d’une armée dans le but de vaincre Satan et ses œuvres. L’Armée de Marie se propose de lutter dans un monde où figure déjà l’Église catholique, afin que l’Ordre de Dieu se défasse de l’emprise de Satan et retrouve la place qu’il occupait jadis. Dieu aurait en quelque sorte décidé de restaurer son Ordre grâce à l’Armée de Marie et au rôle prépondérant qu’y joue Marie-Paule Giguère.

Site Web

http://www.communaute-dame.qc.ca/

Quelques références

L.-Sansfaçon, Lucie. L’armée de Marie. Montréal, Fides, 1989. Centre d’information sur les nouvelles religions, Coll. Rencontres d’ajourd’hui, 7.

« Army of Mary / Community of the Lady of All People ». The World Religions & Spirituality Project (WRSP)http://wrldrels.org/profiles/ArmyOfMary.htm.