Falun Dafa

Les données contenues dans cette fiche ont été recueillies lors d’une recherche documentaire menée à l’automne 2004 (mise à jour en septembre 2010) par Dominic Larochelle, agent de recherche au CROIR.

Autres appellations

Falun gong

Fondateur

Li Hongzhi

Groupe d’inspiration

bouddhique (Grand Véhicule); bouddhisme ésotérique chinois d’inspiration taoïste

Mission

  • Diffuser, à l’échelle mondiale, la pratique du falun gong, un exercice de qigong (travail psycho-corporel de l’énergie), à travers les enseignements spirituels et moraux (inspirés du bouddhisme, du taoïsme et du confucianisme chinois) du maître Li Hongzhi.
  • Lutter contre la répression de l’État chinois envers les mouvements religieux, en particulier le Falun Dafa, dont les membres se disent persécutés en Chine.

Présence

Mondiale

Nombre approximatif  de  membres

15 000 000

Description générale

Bref historique

L’apparition du Falun Dafa doit se comprendre à l’intérieur du phénomène qu’on appelle communément la « fièvre du qigong » en Chine à partir du début des années 1980. Suite au décès de Mao Zedong et la fin de la Révolution culturelle en 1976, le gouvernement de Deng Xiaoping tend à encourager de façon systématique le développement de ces formes d’exercices de santé empreintes des notions typiques de la médecine traditionnelle chinoise. On voit alors apparaître des milliers d’organisations et de maîtres de qigong partout sur le territoire chinois.

Dans les années 1980, l’effort du gouvernement pour conserver un caractère scientifique et médical à ces pratiques s’avère un succès, mais la réapparition des pratiques religieuses issues du bouddhisme et du taoïsme et réprimées sous le règne de Mao a fait en sorte qu’une vague « spirituelle » est apparue au sein du mouvement qigong. C’est dans ce contexte qu’apparaît le Falun Dafa, une organisation parmi d’autres qui propose une forme de qigong basée sur un développement moral et spirituel d’inspiration bouddhique et taoïste.

Le terme Falun Dafa signifie littéralement « la grande Loi (dafa) du dharma-chakra (falun, la roue de la Loi bouddhique) ». Il désigne généralement la doctrine ou l’organisation, tandis que le terme falun gong, « la pratique de la roue de la Loi », désigne davantage les exercices qui sont au cœur de l’organisation. Fondé en 1992, le Falun Dafa s’inscrit dans le mouvement de la pratique chinoise du qigong, un exercice (gong) psycho-physiologique mélangeant techniques respiratoires, techniques de visualisation du souffle (qi), et mouvements corporels dans une perspective de longévité et, dans certain cas, de développement spirituel. Il est généralement admis que la pratique du qigong tire ses origines des anciennes pratiques de longévité du taoïsme (daoyin), mais la pratique contemporaine qui apparaît au début du 20e siècle puise également dans d’autres traditions, dont le bouddhisme et la médecine traditionnelle chinoise.

Le fondateur du mouvement, Li Hongzhi, commence à diffuser officiellement son enseignement en Chine en 1992. On sait peu de choses sur sa vie, en particulier avant 1992. Une biographie officielle circule dans la littérature du Falun Dafa ainsi que sur Internet. Dans cette biographie, on dit que Li Hongzhi est né le 13 mai 1951, date de la naissance supposée de Siddharta Gautama Bouddha (cette date de naissance fait d’ailleurs l’objet d’une controverse). On y raconte que Li était un enfant exceptionnellement doué, bienveillant et disposant déjà de pouvoirs surnaturels (divination, téléportation), bref, possédant déjà en lui, de façon naturelle, les valeurs du Falun Dafa, zhen (la vérité), shan (la bienveillance), et ren (la patience). La biographie raconte essentiellement sa formation auprès de maîtres taoïstes et bouddhistes qui lui ont appris diverses techniques de méditation, d’arts martiaux et de cultivation interne (qigong), en plus d’un enseignement moral et spirituel.

Voulant se distinguer des organisations de qigong déjà existantes avec une méthode qui allait au-delà du bien-être physiologique, Li ne tarde pas à devenir populaire auprès de toutes les couches de la société chinoise avec une méthode qui insiste également sur une dimension morale de la pratique. Entre 1992 et 1994, il voyage à travers la Chine pour présenter le Falun Dafa; il donne 54 conférences auxquelles assistent quelque 60 000 personnes. Dès septembre 1992, Li Hongzhi devient membre de la Société chinoise de recherche scientifique sur le qigong (Zhongguo qigong keyanhui). En juillet 1993, le Falun Dafa obtient une accréditation de cette société de recherche sous le nom de Société de recherche Falun Gong (Falun gong yanjiuhui) et en devient dès lors une branche affiliée.

Vers 1994, Li cesse ses contacts quotidiens avec ses disciples pour se limiter à quelques apparitions publiques auxquelles il est invité. Il commencera également à se désengager peu à peu de la Société chinoise de recherche scientifique sur le qigong pour finalement couper tous les ponts en novembre 1996. Au début de 1995, il quitte la Chine pour la France, avant de s’installer avec sa famille aux États-Unis en 1998, où le Falun Dafa connaîtra un succès relatif (il obtient un visa d’immigrant en février 1998). Entre 1997 et 1999, Li voyage avec ses proches disciples partout à travers le monde pour établir des groupes de Falun Dafa dans les plus grandes villes. À l’heure actuelle, il réside aux États-Unis où il continue à donner des conférences.

D’abord favorable au développement du Falun Dafa dans la population chinoise (comme de toutes pratiques de qigong), le gouvernement communiste a manifesté une crainte de plus en plus grandissante face au mouvement de Li Hongzhi, qui semblait prendre une ampleur démesurée, et ce, dans toutes les couches de la société (et même au sein du gouvernement). À plusieurs reprises, le Falun Dafa s’est vu refuser le statut d’organisation sociale et d’organisation culturel auprès de l’État, un statut nécessaire à toute organisation qui veut opérer librement sur le territoire chinois. À partir de 1996, on voit apparaître les premières mesures du gouvernement chinois face aux pratiques de qigong et autres « pseudo-sciences » : critique ouverte, levée de subventions, etc. Le gouvernement chinois a cherché, à partir de 1999, à montrer que le Falun Dafa était un organisme structuré qui, n’étant pas enregistré légalement, opérait dès lors dans l’illégalité.

Le 25 avril 1999, face efforts du gouvernement pour limiter les activités des différents mouvements spirituels sur son territoire, plus de 10 000 membres du Falun Dafa se rassemblent devant les bureaux du PCC à Beijing pour protester en silence. Le grand nombre de participants effraie les autorités qui y voient un signe de l’ampleur de l’organisation du mouvement et des dangers que cela peut comporter pour l’équilibre étatique et social. Le 23 juillet 1999, le gouvernement passe une loi spéciale bannissant le Falun Dafa et l’étiquetant comme « culte dangereux » (xiejiao), quelques jours avant de lancer un mandat d’arrêt contre le fondateur, le 30 juillet. Une campagne de répression en règle s’organise alors de la part du gouvernement chinois qui met sur pied toute une propagande de dénigration envers le mouvement et qui procède depuis à des arrestations massives et arbitraires de pratiquants.

Actuellement, les principales activités du Falun Dafa consistent à diffuser l’enseignement de Li Hongzhi, de même que les exercices, en plus de sensibiliser l’opinion publique (par divers événements) au sort des pratiquants de Chine réprimés par le gouvernement.

Croyances fondamentales

L’enseignement de Li Hongzhi s’incarne dans un contexte influencé par les trois systèmes religieux de la Chine : le bouddhisme, le taoïsme et le confucianisme. Dans le cas du Falun Dafa, le bouddhisme est clairement prédominant, mais on peut clairement voir les influences indirectes des deux autres traditions, ce qui n’est pas une exception dans le paysage religieux chinois. Cependant, Li rejette toute connotation religieuse par rapport à la référence à ces trois systèmes, du moins dans le sens où ils ne parlent pas de dogmes mais plutôt d’une réalité à comprendre.

Dans la vision de Li, le Falun Dafa est double. Il s’agit à la fois d’un retour vers une tradition spirituelle perdue ou négligée, et à la fois une contribution majeure à la science moderne. En effet, tout en puisant dans une tradition bouddhique primordiale, Li fait constamment référence à la science moderne et à certaines théories scientifiques pour appuyer ses propos.

La particularité du Falun Dafa est d’avoir intégré une notion morale à la pratique du qigong, à travers trois principes essentiels tirés des traditions religieuses chinoises (taoïsme, bouddhisme et confucianisme) : zhen (la vérité, l’authenticité), shan (la compassion, la bienveillance), ren (la tolérance, la patience). Cependant, Li Hongzhi considère que ces trois principes n’ont aucune connotation religieuse. À travers son enseignement, la pratique du falun gong mise sur le développement du xinxing, les qualités humaines, et permet au pratiquant d’augmenter son potentiel d’énergie, de même que ses capacités naturelles et supranaturelles, en plus de purifier son esprit et d’élever son niveau de moralité.

Le concept de karma est central dans la pensée de Li Hongzhi. Il en a cependant altéré quelque peu la teneur. Dans la perception traditionnelle, le karma s’inscrit dans un système de renaissance où « l’on récolte ce que l’on sème ». Les actions posées dans une vie antérieure ont des répercussions sur le statut de l’individu dans une vie ultérieure. Le karma est donc un concept neutre. Pour Li, le karma a plutôt une connotation négative; il est le fruit de comportements immoraux de la part d’un individu. Chaque individu naît avec une quantité de karma hérité d’une vie passée. C’est la source de la souffrance et de la maladie.

Le karma est une matière physique, qui peut être retirée du corps, échangée ou transformée. C’est une substance noire qui doit être purgé par le processus de cultivation que propose le falun gong, pour ainsi être remplacée par une substance blanche que Li appelle la vertu. Pour Li, le karma constitue l’explication matérielle de l’existence du mal et de la souffrance dans le monde. Dans ce contexte, la maladie devient un moyen pour le corps de purger le karma. Le karma fait également référence à la dette personnelle accumulée par un comportement immoral dans la vie présente ou une vie passée. Cette dette doit être payée par un comportement moral et vertueux, par la pratique spirituelle, et en se débarrassant de ses attaches et de ses désirs (richesse, gloire, sexe, alcool, viande, le pouvoir, etc.).

Structure et organisation

Dans la Chine des années 1990, toute organisation sociale doit s’enregistrer auprès du gouvernement et ses activités doivent être approuvées officiellement. Comme le Falun Dafa s’est toujours vu refuser un statut officiel auprès des instances gouvernementales, les leaders du mouvement ont cherché, à partir de 1997, à relâcher la structure organisationnelle du mouvement pour éviter que celui-ci ne soit considéré comme une organisation œuvrant dans l’illégalité. C’est pourquoi le Falun Dafa, dans sa forme actuelle, paraît très peu structuré. Mais il semble qu’à ses débuts, en particulier dans la période de l’affiliation avec la Société chinoise de recherche scientifique sur le qigong (1993-1996), il y avait une certaine structure hiérarchique et organisationnelle au sein du mouvement.

Aujourd’hui, le Falun Dafa se fonde essentiellement sur la pratique individuelle. Il n’existe donc plus d’organisation structurée, mais plutôt un réseau de contacts qui rassemble tous les pratiquants à travers le monde. C’est pourquoi il est difficile d’estimer le nombre actuel d’adeptes. Les chiffres officiels du mouvement tournent autour d’une centaine de millions (dont soixante millions en Chine), ceux du gouvernement chinois se situent autour de trois à six millions. Certains spécialistes estiment plutôt le nombre entre quinze et vingt millions. Au Québec, le nombre se compte par centaine .

Les pratiquants de falun gong ne sont pas formellement « membres » d’une « organisation ». Il n’y a pas de formulaire d’adhésion à remplir ni de registre officiel des pratiquants. C’est d’ailleurs ce qui rend difficile le calcul du nombre de pratiquants.

La seule expression d’une structure organisationnelle au-dessus des regroupements locaux (liangong dian) est le site web officiel du mouvement. Ce site donne les directions générales à suivre pour les différentes branches et regroupements locaux, les transcriptions des conférences de Li, et les informations générales sur le mouvement (événements à venir, luttes contre la répression chinoise, etc.)

Par ailleurs, le Falun Dafa est fondamentalement chinois. Il semble que la majorité des pratiquants soient, encore aujourd’hui, situés en Chine. De même, les recherches de David Ownby montrent qu’en Amérique, il y a neuf pratiquants chinois pour un pratiquant non chinois. Peu de non Chinois y adhèrent, même en Occident. Le pratiquant typique est d’origine chinoise, relativement jeune (une moyenne de 40 ans), urbain, dynamique, à l’aise financièrement et vivant le « rêve américain ».

Il n’existe pas vraiment de structure hiérarchique dans le Falun Dafa. Li Hongzhi demeure le seul maître à penser, mais il insiste dans ses écrits sur le fait que la pratique doit être le premier souci de l’adepte et qu’il n’est que le catalyseur. Dans ce contexte, tous les adeptes sont considérés comme étant sur le même pied d’égalité, peu importe leur degré de pratique. Cependant, certaines personnes de contacts ou assistants, établis partout dans le monde, se sont donné le mandat d’organiser les rencontres, les pratiques de groupe et les événements publics.

Site Web

http://www.falundafa.ca/

Quelques références

Adam, Ian et al. Power of the Wheel. The Falun Gong Revolution. Toronto, Stoddart, 2000.

Chan, Cheris Shun-Ching. « The Falun Gong in China: A Sociological Perspective ». The China Quarterly, 2004.

Chang, Maria Hsia, trad. Geneviève Brzustowski. Falungong, secte chinoise : un défi au pouvoir. Paris: Éditions Autrement, 2004.

Ownby, David. Falun Gong and the Future of China. Oxford University Press, 2008.

Palmer, David A. « Falun Gong. La tentation du politique ». Critique internationale, No. 11, avril 2001, p. 36-43.

Palmer, David A. « La doctrine de Li Hongzhi. Le Falun Gong, entre sectarisme et salut universel ». Perspectives chinoise, vol. 64, no. 1, 2001, p. 14-24.

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Tong, James. « An Organizational Analysis of the Falun Gong : Structure, Communications, Financing ». The China Quarterly, vol. 171, 2002, p. 636-660.