Organisation spirituelle mondiale Brahma Kumaris

Les données contenues dans cette fiche ont été recueillies lors d’une recherche documentaire menée à l’automne 2015 par Frédérique Bonenfant, agente de recherche au CROIR.

 Autres appellations

Brahma Kumaris; Université mondiale des Brahma Kumaris; Brahma Kumaris World Spiritual University (BKWSU); Prajapita brahma kumaris ishwariya vishwa vidyalaya; Om mandali.

Fondateur

Lekhraj Khubchand Kripalani (1876?-1969)

Groupe d’inspiration

néo-hindouisme

Mission

  • Aider les individus à redécouvrir et renforcer leur force et leur valeur intrinsèque en encourageant et en facilitant le processus d’éveil spirituel.
  • Offrir une compréhension du contexte spirituel de l’homme afin d’aider à saisir le sens des événements contemporains.
  • Offrir à quiconque le souhaite des méthodes pratiques de développement personnel par la découverte et la mise en valeur de ses qualités profondes.

Présence

Mondiale, dans 135 pays.

Description générale

Bref historique

Le mouvement des Brahma Kumaris fut initié par Lekhraj Khubchand Kripalani (1876[1]-1969) en 1937, dans un village près d’Hyderabad, dans l’actuel Pakistan. Alors qu’il avait plus de soixante ans, à la tête d’un commerce florissant de joaillerie et jouissant d’une fortune considérable, Lekhraj aurait été frappé par une série d’expériences mystiques comprenant des visions qui l’auraient profondément bouleversé. Au milieu des années 30, il commença à rassembler des gens autour de lui, surtout des femmes, pour partager ces révélations. En quelques années, le nombre de personnes assistant à ces rencontres atteignit près de 500, dont une majorité de jeunes femmes, et le groupe fut connu sous le nom de Om Mandali. La popularité des assemblées de Lekhraj fut attribuée en partie au fait que de nombreuses manifestations divines semblaient s’y dérouler, y compris dans l’assistance (transes, visions, etc.).

Se retirant définitivement du commerce en 1936 pour se consacrer entièrement à la vie spirituelle, Lekhraj fonda officiellement le mouvement, et choisit de donner la direction administrative entièrement à des femmes. Pour assurer la survie du groupe, le fondateur transféra l’ensemble de sa fortune au mouvement naissant.

Le groupe suscita beaucoup de controverse à ses débuts, et fut contraint en 1938 de s’isoler à Karashi, une ville voisine. La communauté migra avec près de 300 membres.  À la suite de la partition de l’Inde, le groupe décida de déménager ses quartiers au Mont Abu en 1950, dans le Rajasthan, où l’on retrouve encore la direction spirituelle du mouvement. C’est à cette époque également que le groupe prit le nom de  Prajapita brahma kumaris ishwariya vishwa vidyalaya, ou Brahma Kumaris Worlds Spiritual University (BKWSU), afin de mettre l’accent sur leur mission éducative.

Lekhraj, surnommé Brahma Baba, mourut au début de l’année 1969. Alors que plusieurs prédisaient l’extinction du groupe, la direction de la BKWSU choisit l’expansion internationale,  dans un premier temps afin d’offrir des services aux Indiens immigrés à l’étranger. Le premier centre BK à l’étranger fut ouvert à Londres en 1971. Ce fut le début de l’expansion internationale du mouvement, qui est présent aujourd’hui dans 135 pays autour du globe.

Convictions fondamentales

Le fondateur des Brahma Kumaris, Lekhraj Kripalani, prétend avoir reçu ses visions directement de l’Âme suprême, qui lui aurait révélé la vraie nature de l’homme (une âme éternelle empruntant un corps physique) et le fonctionnement du monde (le grand cycle de Brahma). Les  enseignements transmis ainsi par Lekhraj portent le nom de murlis, en référence à la flûte de Krishna, et forment le corpus de base de la tradition Brahma Kumaris.

Bien que les croyances et la vision du monde propres aux Brahma Kumaris semblent issues directement de la tradition hindoue, de nombreuses notions traditionnelles furent soumises à une interprétation inédite. L’emploi du terme raja yoga, par exemple, n’est pas appuyée par la tradition du yoga telle que décrite par Patanjali, mais plutôt sur une interprétation de la « vraie essence » du yoga qui fut révélée au fondateur.

Du point de vue strictement théologique, la trimurti[2] hindoue fut également revisitée : Shiva n’est pas considéré comme un des pôles de la trimurti, mais représente plutôt l’âme suprême placée au-dessus du trio composé de Shankar[3], Brahma et Vishnou. Lekraj est reconnu pour avoir manifesté Brahma, la bouche de Vishnou, d’où le surnom de Brahma Baba, auquel il s’est complètement identifié après avoir laissé son corps physique. Dans cette conception du monde, Shiva se manifeste aux humains sous son aspect créateur (Brahma) à la fin du grand cycle pour apporter aux âmes une connaissance salvatrice.

Comme dans les courants hindouistes, les Brahma Kumaris possèdent une vision cyclique du temps basée sur quatre grands âges : sat yuga (âge d’or), treta yuga (âge d’argent), dvapar yuga (âge de cuivre) et le kali yuga (l’âge de fer). La particularité propre aux Brahma Kumaris est de considérer la durée de chacun de ces cycles comme étant de 5 000 ans[4]. L’humanité se trouve actuellement à la fin de l’âge de fer et en route vers l’âge d’or, dans une période de transition que les Brahma Kumaris appellent l’âge de diamant. C’est à ce moment troublé que Brahma agit (en l’occurrence à travers la forme de Lekhraj) pour rappeler à l’humanité sa véritable identité et lui offrir une voie de retour à la lumière à travers  le raja yoga. L’amnésie des âmes et leur identification illusoire au corps physique correspondent aux principales caractéristiques de la dégradation du monde à travers les âges.

Les Brahma Kumaris accordent une grande importance au concept de la réincarnation, avec ceci de particulier que l’humanité ne peut se réincarner dans un corps non-humain comme c’est le cas dans les traditions hindoues et bouddhistes. Les actes de la vie d’un individu déterminent le contexte de sa prochaine naissance selon les lois du karma (principe de causalité). Le même principe détermine également l’âge auquel une âme peut commencer le grand cycle en s’incarnant pour une première fois dans un monde. L’objectif des Brahmines, ceux qui suivent la voie spirituelle des Brahma Kumaris, est de purifier leur karma suffisamment pour pouvoir jouir de quelques incarnations à l’époque de l’âge d’or avant de poursuivre le grand cycle avec l’ensemble des autres âmes. Les âmes moins méritantes attendent auprès de l’âme suprême la dégradation progressive du monde avant de débuter une nouvelle série d’incarnations. Selon cette vision, notre monde est actuellement peuplé d’un mélange d’âmes aux karmas les plus variés, expliquant la confusion et la violence en progression.

Les visions tardives de Lekrhraj comportaient un important volet apocalyptique, décrivant de manière troublante le temps de la fin du cycle où la terre était assiégée par les guerres et la pollution. Les Brahma Kumaris attendent la fin des temps dans un avenir prochain, sans toutefois se mouiller sur des prédictions datées[5]. Le travail ici et maintenant leur permettra, dans leurs espoirs, de renaître au début du prochain cycle pour jouir pleinement de l’Âge d’or.

Suite à son décès, Lekhraj est reconnu par les adeptes comme ayant rejoint l’âme suprême, mais se manifeste régulièrement à travers un médium, Dadi Gulzar, une des sœurs aînées du mouvement. L’entité « canalisée » par Dadi Gulzar est appelée BapDada (père et grand frère), et transmet des enseignements complémentaires aux premiers murlis et appelés Avyakt murlis.

Structure et organisation

Les membres du mouvement se définissent comme des étudiants de l’Université spirituelle des Brahma Kumaris (BKWSU) qui est physiquement située au mont Abu, dans le Rajasthan. On y retrouve en quelque sorte la direction spirituelle du mouvement, avec les principales sœurs aînées (appelées dadis) et la grande salle destinée à la diffusion des enseignements. Érigées en véritable campus universitaire, les installations du Mont Abu abritent des résidents permanents, mais également une grande quantité de pèlerins venus de tous les continents.

La coordination internationale de la BKWSU au niveau administratif est cependant située à Londres, avec la direction des services internationaux et la régulation des services nationaux en collaboration avec les représentants de chaque région. Le Bureau de coordination internationale gère en quelque sorte les agissements des Brahma Kumaris à l’étranger et s’assure de la conformité avec les règlements généraux de l’association.

Le mouvement est affilié depuis 1980 au Département de l’Information des Nations Unies et bénéficie également du statut consultatif auprès de l’UNICEF depuis 1988. Depuis 1986, la BKWSU coordonne des actions internationales importantes, telles que l’Année de la Jeunesse et de la Paix (1985), l’Appel pour le Million de Minutes de Paix (1986), et Coopération Globale pour un Monde Meilleur (1988), en recevant à chaque fois le soutien d’instances internationales, nationales et locales.

À plus petite échelle, on retrouve les divisions nationales, puis les centres locaux. Ces derniers, en plus d’être le lieu de rassemblement des étudiants pour les enseignements quotidiens, offrent généralement une série de cours grand public sur des thématiques de croissance personnelle ainsi que des cours d’initiation à la pratique de la méditation raja yoga. Les centres locaux ne portent pas toujours des noms facilement identifiables aux Brahma Kumaris, comme c’est le cas à Québec, par exemple, où il porte le nom de Centre de méditation Raja Yoga.  Plusieurs centres locaux offrent également un accès à des centres de retraites Brahma Kumaris. Les regroupements locaux du Québec vont généralement en retraite au Peace Village, situé près d’Albany dans l’État de New-York, ou encore en pèlerinage au Mont Abu.

Depuis quelques années, la fréquence des manifestations du fondateur à travers la médium Dadi Gulzar se restreint à environ une dizaine de transmissions par année, de septembre à avril, qui attire un nombre impressionnant de fidèles en pèlerinage au Mont Abu.

Outre ces rassemblements de pèlerins, il n’y a pas à proprement parler de cérémonies pour les Brahma Kumaris. Les groupes locaux, selon leur nationalité, peuvent  organiser des célébrations en conformité avec leur culture d’appartenance, que ce soit la célébration de Noël ou la fête de Diwali.

Au niveau international, les représentants des Brahma Kumaris à l’ONU organisent annuellement des journées de célébrations autour de thématiques telles que la paix, la méditation, les droits humains, etc.

La pratique quotidienne est essentiellement ce qui distingue les brahmines des autres personnes fréquentant les activités des centres locaux Brahma Kumaris. Cette pratique quotidienne s’articule autour de la méditation raja yoga ainsi que l’étude des murlis (attribués à Lekhraj sous sa forme corporelle, sakar, ou encore sa forme angélique, Avyakt).

La voie du raja yoga permet de s’identifier momentanément, à travers la méditation, avec l’âme universelle qui habite chaque individu et ainsi lui permettre de s’exprimer dans la vie quotidienne. La méditation renforce la compréhension et la connaissance de l’âme et de Dieu en plus de fortifier le lien qui les unit. Les brahmines débutent la journée avec une méditation avant le lever du soleil, en groupe si possible, puis enchaînent avec l’étude des murlis avant de vaquer à leurs occupations quotidiennes.

Le code de vie des brahmines a pour objectif de contribuer graduellement à la purification des individus. Il comprend une hygiène mentale et émotionnelle, une pratique régulière de méditation et d’étude, l’abstinence sexuelle et une alimentation végétalienne, sans oignons ni ail. La nourriture doit également être préparée dans un contexte de pureté. Les Brahma Kumaris portent généralement des vêtements discrets de couleur claire, symbolisant leur désir de pureté.

Les retraites et conférences organisées par les Brahma Kumaris offrent aux étudiants différentes occasions de parfaire leurs connaissances des enseignements et de les mettre en pratique. Les cours de croissance personnelle et de méditation sont également offerts au grand public, gratuitement, conformément à leur idéal de service à l’humanité.

Les mêmes valeurs guident leur implication bénévole au sein des organisations nationales et internationales, particulièrement dans les champs de la défense des droits humains, de la promotion de la paix et du dialogue interreligieux.

[1] Il existe des sources qui prétendent avoir obtenu le certificat de naissance mentionnant plutôt 1884 comme date de naissance :
http://www.brahmakumaris.info/forum/viewtopic.php?f=19&t=3318.

[2] Le terme trimurti veut dire « trois formes ». Le concept théologique est employé pour synthétiser les trois fonctions de création, de préservation et de destruction de l’univers à travers les figures des dieux Brahma, Shiva et Vishnou. Source : Encyclopedia of hinduism.

[3] Traditionnellement un nom de Shiva, mais pour les BK il s’agit d’une figure indépendante.

[4] Dans l’hindouisme, la durée des âges varie. Dans le texte des Vishnu Purana, par exemple,  l’âge le plus court est le Kali-Yuga, composé de 432 000 années humaines, et le plus long, le Krita-Yuga, composé de 1 728 000 années humaines.

[5] Certaines dates ont circulé jadis, mais sans reconnaissances officielle.

Sites Web

http://www.brahmakumaris.org/  (BKWSU)
http://meditationquebec.org/ (Centre de Raja Yoga de Québec)
http://un.brahmakumaris.org/ (BK à l’ONU)

Quelques références

Babb, Lawrence A. Redemptive Encounters : Three Modern Styles in the Hindu Tradition. Berkeley [Los Angeles, London], University of California Press, 1986, p. 93-155.

Babb, Lawrence A. « Indigenous Feminism in a Modern Hindu Sect ». Journal of Women in Culture and Society, vol. 9-3, University of Chicago press, 1984.

Day Howell, Julia & Peter L. Nelson. « Structural Adaptation and Success in the Transplantation of an Asian New Religious Movement : the Brahma Kumaris in the Western World, part I ». Research in the Social Scientific Study of Religion, Greenwich [London], Jai Press inc., vol. 8, 1997, p. 1-33.

Glazer, Daniel T. « The Brahma Kumaris : a Case Study of Feminism in Non-Western Traditions », Journal of Religion and Culture, vol. 3-1, 1988, p. 16-30.

Hodgkinson, Liz. Peace and Purity : The Story of the Brahma Kumaris, a Spiritual Revolution. Deerfield Beach, Health Communication, 2002.

Kranenborg, Reender. « Les Brahma Kumaris, une nouvelle religion? ». Dans Jean-François Mayer et Reender Kranenborg (dir.). La naissance des nouvelles religions.  Genève, Georg, 2004, p. 105-122.

Waliss, John. « From World Rejection to Ambivalence : The Development of Millenarianism in the Brahma Kumaris. Journal of Contemporary Religion, 14 :3, 1999, p. 375-385.