Le jour où la spiritualité indienne fit son entrée dans la culture populaire

Le 10 décembre prochain, la Fondation David Lynch, créée par le célèbre cinéaste américain, tiendra son quatorzième gala à New York. Cette activité vise plus particulièrement à rendre la méditation transcendantale (MT) accessible aux enfants pauvres, aux vétérans et aux victimes de violence. Par les années passées, on retrouvait à ces galas des célébrités pratiquant cette technique comme Katy Perry, Jerry Seinfeld, Jay Leno, Ellen DeGeneres, Gwyneth Paltrow, Susan Sarandon. Lors du dernier gala, Ivanka Trump et son mari Jared Kushner principaux conseillers à la Maison-Blanche, également des adeptes de la MT, étaient présents aux côtés d’Oprah Winfrey, qui a d’ailleurs déjà consacré une de ses émissions à cette forme de méditation. Croiriez-vous que tout cela a commencé il y a plus de cinquante ans avec une leçon de sitar ?

En 1965, à l’occasion du tournage du film Help!, qui se déroule en partie aux Bahamas, les Beatles en profitent pour s’initier à la philosophie orientale avec Swami Vishnu­devananda. L’année suivante, Georges Harrison se rend en Inde pour étudier le sitar avec Ravi Shankar. Il se familiarise également avec les œuvres de Paramahansa Yogananda et de Swami Vivekananda. C’est durant ce séjour en Inde qu’il rencontre Maharishi Mahesh Yogi, le fondateur du mouvement de la méditation transcendantale, une forme particulière de yoga. Informé du passage du maître à Londres, Harrison invite ses amis à assister à la conférence au Hilton Park Lane en 1967. Il leur réserve des sièges à l’avant-scène et les invite à rejoindre Maharishi pour une rencontre privée. Le gourou les invite alors à prendre part à une retraite à Rishikesh sur les contreforts de l’Himalaya.

En début de 1968, les Beatles séjournent à Rishikesh dans l’ashram du gourou dont ils reçoivent les enseignements en compagnie de Donovan, de Mike Love des Beach Boys, de Mia Farrow et de sa sœur Prudence. Le séjour leur sert aussi de contexte propice pour composer des chansons. Cette retraite spirituelle a été, pour le groupe, une période extrêmement productive. En moins de sept semaines, ils composent près d’une cinquantaine de chansons, dont celles de l’Album Blanc (White Album). Ringo Star, qui ne pouvait supporter la nourriture indienne, quitte l’ashram après dix jours. McCartney le fait après cinq semaines, Harrison et Lennon après deux mois. Interrogé par le gourou sur la raison de son départ, Lennon aurait répondu : « Eh bien! si vous êtes si cosmique (cosmic), vous devez savoir pourquoi… ! ». On parle de rumeurs à propos d’avances du Maharishi à Mia Farrow… On entend dire que le groupe rapporte gros à son gourou… Il paraîtrait aussi que le groupe aurait enfreint l’interdiction d’alcool à l’ashram, qu’il aurait même consommé du cannabis et du LSD, de sorte que le gourou lui-même, dans un accès de colère, leur a demandé de quitter. L’événement aurait été à l’origine de la chanson Sexy Sadie, qui devait à l’origine porter le titre de Maharishi. De toute façon, quelques années plus tard, Lennon, McCartney et Harrison devaient s’excuser auprès du Maharishi.

Des quatre Beatles, Georges Harrison est le seul à avoir conservé un fort intérêt pour l’Inde et la méditation. En 1967, il compose la chanson Within You Without You sur l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, où il parle d’abandonner l’illusion de l’égo. En 1992, il s’engage dans le Parti de la Loi naturelle, un parti politique fondé sur les enseignements du Maharishi concernant la Loi védique. Il s’identifie jusqu’à sa mort à la philosophie de l’Association internationale pour la conscience de Krishna. On se souviendra que les chœurs de son grand succès de 1970, My Sweet Lord, chantent le mantra en l’honneur de Krishna. George Harrison s’éteint le 29 novembre 2001, entouré de son épouse Olivia, de son fils Dhani, et de disciples du mouvement Hare Krishna qui ont scandé avec lui des mantras jusqu’à la fin et ont ensuite dispersé ses cendres dans le Gange.

Le Maharishi Mahesh Yogi est décédé le 5 février 2008. La journée précédente, la NASA diffusait dans l’espace, en direction de l’étoile Polaire, la chanson Across the Universe des Beatles dans le but de fêter trois anniversaires : les 40 ans de cette chanson, le cinquantenaire du lancement du premier satellite américain, Explorer 1, et la mise au point en 1963 (soit 45 ans plus tôt) du Deep Space Network, un réseau international d’antennes destinées à l’exploration spatiale. Cette chanson, écrite par John Lennon, citait les trois mots d’une formule souvent répétée par Maharishi en l’honneur de son gourou : Jay Guru Deva (Victoire au divin Gourou !).

Le passage des Beatles en Inde a eu des effets notables. Il a contribué à faire connaître Rishikesh auprès des Occidentaux et à populariser auprès d’eux la méditation transcendantale et la spiritualité orientale en général. La musique des Beatles, en valorisant l’amour et l’entente, a indirectement familiarisé le public occidental avec un mélange de mysticisme hindou. Plusieurs Occidentaux se sont alors tournés vers les mystiques indiennes. Le grand public s’est intéressé à la méditation transcendantale et au yoga populaire. Enfin, beaucoup de gens ont connu les mots gourou et mantra à travers les chansons des Beatles, ce qui a pu allumer en eux le désir de pousser plus avant leur quête d’Orient. Autant dire que les chansons des Beatles et leur mode de vie hérité de l’ashram de Maharishi ont donc été déterminants dans la popularisation des produits spirituels indiens en Occident.

Au cœur de l’héritage laissé par la rencontre de la MT et de la musique populaire, il y a le fait que certains gourous connus comme Sri Sri Ravi Shankar et Deepak Chopra, d’abord assistants du Maharishi, ont sûrement profité de l’intérêt suscité par les Beatles en Inde. Ce sont des jeunes du monde entier qui ont ressuscité l’ashram que le Maharishi avait abandonné à Rishikesh et qui a finalement été rénové en 2015 par le gouvernement de l’Uttarakhand (État du nord de l’Inde dont fait partie Rishikesh). Un ultime héritage des Beatles est certainement l’enregistrement des chansons Jumpin’ Jack Flash et Light My Fire, interprétées au sitar par Ananda Shankar, neveu de Ravi Shankar, et devenues des classiques des milieux underground londoniens des années 1990. Mais finalement, c’est peut-être le fait de savoir que la MT est même pratiquée à la Maison-Blanche qui nous surprend le plus!

Pour en savoir davantage :

  • La Croix, « En Inde, la renaissance au tourisme de l’ashram des Beatles. » https://www.la-croix.com. Consulté le 29 septembre 2018.

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Beatles à Rishikesh

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