Dîvâlî, ou la fête hindoue des lumières

André Couture, Université Laval, 25 octobre 2021

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Résumé : Dîvâlî forme un cycle de cinq journées qui culmine le troisième jour par la célébration de l’entrée triomphale du dieu Râma dans la ville d’Ayodhyâ une soirée de nouvelle lune. À cette occasion, on allume partout en son honneur des rangées de petites lampes (dîpa, dîyâ) qui ont donné leur nom à la fête.

La fête hindoue de Dîvâlî se célèbre lors de la nouvelle lune (amâvasyâ) du mois de kârttik (octobre-novembre du calendrier grégorien), mais comprend des festivités qui se déroulent sur environ cinq jours. Cela veut dire que ces fêtes commencent à la fin du mois d’âshvin (septembre-octobre), culminent le jour de la nouvelle lune de kârttik, pour se poursuivre encore quelques jours. Dîvâlî aura lieu cette année 2021, du 2 au 6 novembre. Le nom de cette célébration, en sanskrit dîpâvalî, ou dîpa + âvalî, « ligne ou rangée de lumières », a été comprimé dans les langues modernes en dîvâlî, souvent écrit dîwâlî, ce qui reflète mieux la prononciation réelle. Cette appellation fait allusion aux rangées de petites lampes ou bougies (dîyâ en hindi) que l’on allume en cette nuit sans lune pour éclairer la ville d’Ayodhyâ, « l’invincible », dans laquelle apparaît le grand Râma qui y entre enfin victorieux. Il avait passé quatorze années à rechercher, avec l’aide de Hanumân et de son armée de singes, son épouse Sîtâ qui avait été enlevée par le méchant roi Râvana et se trouvait prisonnière dans son palais de l’île de Lankâ au sud de la péninsule indienne. Voilà la raison pour laquelle on parle de Dîvâlî comme de la fête hindoue des lumières, en l’opposant ainsi à Holî, qui est la fête hindoue des couleurs[1].

Le premier jour de ce cycle de festivités est voué à Yama, dieu de la mort. On allume des lampes spéciales en son honneur. On le nomme souvent Dhanteras, soit le treizième jour de la quinzaine sombre (teras) voué à la richesse (dhan). Ce serait cette journée-là que serait apparue Lakshmî, déesse de la prospérité, qui aurait surgi de l’océan de lait quand dieux et démons barattèrent ensemble cette mer dans le but de produire l’ambroisie ou boisson d’immortalité. C’est aussi la journée où se termine l’année fiscale et où les commerçants déposent leur bilan annuel. La journée suivante, on célèbre la victoire de Krishna sur le terrible démon Naraka qui a dérobé les boucles d’oreilles de la déesse Aditi, mère des dieux, et gardait prisonnières seize mille merveilleuses femmes. Le mot naraka/narak signifie aussi l’enfer où les damnés expient leurs crimes. Certaines traditions soutiennent que, cette journée-là, les portes de l’enfer s’ouvrent et que les lampes qu’on a allumées pour célébrer Dîvâlî servent aussi à la purification des fautes. Le troisième jour des festivités de Dîvâlî est celui où l’on célèbre la victoire de Râma. C’est la journée qui clôt l’année traditionnelle selon le calendrier Vikram utilisé en Inde du Nord et elle est ordinairement vouée à la déesse Lakshmî (alors que, dans l’est, on préfère vénérer la déesse Kâlî). C’est la journée la plus importante du cycle et on l’appelle souvent la « grande Dîvâlî ». Lors de la quatrième journée, on fait un rite d’offrande (pûjâ) qui rappelle que, pendant son enfance, Krishna a soulevé une montagne pour y abriter les vaches et leurs bouviers, menacés de mort par un terrible orage déclenché par le dieu Indra. Dans le sud de l’Inde, cette journée-là, on célèbre plutôt la victoire de Vishnou qui s’est présenté sous la forme d’un brahmane nain pour triompher du démon Bali. Le cinquième jour se nomme Bhâî Dûj, soit le second jour de la quinzaine claire (dûj) consacré aux frères (bhâî), et est consacré aux frères qui doivent se faire un devoir de visiter leurs sœurs et prendre de leurs nouvelles.

La fête de Dîvâlî tire son nom des lampes qu’on allume en abondance pour célébrer la victoire de Râma. Maintenant, ce ne sont plus seulement les traditionnelles bougies à l’huile ou les chandelles qu’on allume devant les maisons et dans les rues, ce sont toutes sortes de décorations y compris des guirlandes d’ampoules électriques. Il convient toujours de placer ces bougies sur des dessins auspicieux (svastika, rangolî) et d’accompagner ces lumières de feux d’artifice et de pétards variés. Toutes ces réjouissances sont propices et font en sorte, dit-on, que la déesse de la prospérité se promène parmi les gens et leur distribue ses bienfaits. On comprend aussi qu’il puisse être fort difficile de respecter l’interdiction qui a été faite à Delhi ces dernières années, y compris pendant les célébrations de Dîvâlî, de faire éclater des feux d’artifice pour des raisons d’extrême pollution atmosphérique.

Pour en savoir davantage :

« La fête des lumières : Dīvālī », dans Rites. Fêtes et célébrations de l’humanité, Thierry-Marie Courau et Henri de La Hougue (dir.), Paris, Éd. Bayard, 2012, p. 524-528.

Art. « Divali », sur l’encyclopédie électronique Wikipédia, consultée le 2 août 2021 à l’adresse https://fr.wikipedia.org/wiki/Divali

Bahadur, Om Lata, The Book of Hindu Festivals and Ceremonies, New Delhi, UBSPD, 1997 (Second Revised and Enlarged Edition), p. 208-219.

[1] On se reportera à la fiche portant sur cette fête : https://croir.ulaval.ca/nouvelle/holi-une-fete-hindoue-haute-en-couleurs/


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