Le Carnaval et ses origines religieuses

André Couture
Université Laval, 10 février 2020

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Le mot « carnaval », en italien « carnevale », provient du latin médiéval « carne levare », enlever la chair, c’est-à-dire supprimer la viande. Pour comprendre l’expression, il faut se rappeler que, pendant le Carême chrétien, soit pendant la quarantaine de jours qui précède la fête de Pâques, il était de rigueur de jeûner en supprimant du menu tout ce qui fait engraisser (tout aliment réputé riche comme la viande, le beurre, le sucre). On disait que l’on « faisait maigre », alors que précédemment on « faisait gras ». Le Carême commence toujours un mercredi (le Mercredi des cendres), soit le 26 février de cette année 2020. Le « Mardi gras » était le dernier jour où l’on pouvait faire bombance en mangeant de la viande.

Sous l’Empire romain, l’année commençait avec les Kalendes du 1er janvier. Mais avant la réforme de Jules César en 46 av. J.-C., on célébrait en mars l’année nouvelle, et en particulier le 15 mars la déesse Anna Perenna (Année pérenne). D’autres fêtes se célébraient en mars comme les Matronalia (le 1er mars) en l’honneur des matrones ou femmes d’âge mûr, de l’arrivée du printemps, de la naissance de Rome. On célébrait également pendant ce mois le dieu Mars et la reprise des campagnes militaires : à cette occasion, hommes et femmes offraient des sacrifices et certains prêtres circulaient en procession dans toute la ville. Il est possible qu’à travers les réjouissances rattachées aux jours précédant le début du Carême, les chrétiens se soient peu à peu réapproprié un certain héritage encore populaire en Europe. Ce qui paraît sûr, c’est que ces célébrations joyeuses n’avaient rien de cette sorte de retour au chaos ou de suppression de toute norme sociale qui précédait la recréation du monde chez les Babyloniens ou les Celtes, ou encore lors des Saturnales de la fin de décembre à Rome. Le carnaval de février, tel qu’on le célèbre aujourd’hui, emprunte en fait surtout aux fêtes qui précédaient le Carême en culture chrétienne et manifestent plutôt une joie contenue par les restrictions à venir.

Le Carnaval de Rio (de Janeiro) au Brésil est d’origine portugaise et chrétienne. Il a lieu tous les ans durant les quatre jours précédant le mercredi des Cendres. Ce carnaval s’est toutefois modelé au XIXe siècle sur le carnaval de Paris (qui se célèbrera cette année le dimanche 23 février 2020). En réaction contre les vieilles traditions en provenance du Portugal dont on voulait se débarrasser, les bals masqués du Carnaval de Rio ont été importés de Paris, en particulier la façon dont les activités de ce carnaval occupent une partie importante de l’espace citadin. Le Carnaval de Venise aura lieu cette année 2020 du 15 au 25 février : on y trouve surtout des concours de costumes, des rassemblements de bateaux, de grands spectacles de danses et d’opéras.

Le Carnaval d’hiver de Québec a vu le jour en 1894, mais son célèbre Bonhomme n’est apparu qu’en 1954. C’est un groupe de gens d’affaires de Québec qui a alors relancé ces festivités, qui avaient été interrompues par les guerres mondiales, avec la complicité du maire d’alors, Wilfrid Hamel, et dans une perspective de développement économique. En cette année 2020, ce carnaval se célèbre du 7 au 16 février. Avec ses actuels défilés entremêlés de musique électro et rock, de jeux de lumière hauts en couleur, de chorégraphies spectaculaires, il cherche d’abord à vaincre les froidures de l’hiver et à préparer les cœurs pour un printemps qui tarde à venir. La période retenue pour ces fêtes montre bien sa parenté avec les fêtes qui précédaient le Carême chrétien. D’ailleurs, pendant plusieurs années, le Carnaval de Québec avait lieu dans la période qui précédait le Carême et il se terminait le mardi d’avant le Mercredi des cendres. C’est bien ce que dit toujours le refrain de la chanson thème du carnaval : « Carnaval, mardi gras, carnaval / À Québec c'est tout un festival / Carnaval, mardi gras, carnaval / Chantons tous le joyeux carnaval ». On a plus que jamais l’impression de festivités chrétiennes qui se sont résolument sécularisées.


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