Que sait-on des festivités de Noël ?

 

Chaque année, le 25 décembre, par habitude, nous célébrons Noël. Dès la mi-novembre, les sapins de Noël apparaissent, et avec eux résonnent les chants traditionnels. Comme pour l’Halloween, les supermarchés profitent de l’occasion pour revêtir leurs plus beaux atours, et titiller les consommateurs en foisonnant de suggestions de cadeaux. Plus ou moins consciemment, nous cédons tous à l’ambiance bon enfant et enjouée de cette fête, sans prendre le temps d’y réfléchir et de nous questionner sur l’origine de ces festivités.

Noël est d’abord une fête chrétienne. Le mot « Noël » provient de la deuxième partie de l’expression latine dies natalis, « le jour de la naissance » (de Jésus). Natalis correspond à « Natale » en italien, « Natal », « Nadal », « Naal », « Noé », « Noal » dans différents dialectes français, un mot qui finit par se prononcer « Noël » en français d’aujourd’hui.

La majorité des Églises chrétiennes célèbrent la naissance de Jésus pendant la nuit du 24 au 25 décembre. Est-ce à dire que Jésus soit vraiment né à cette date ? Disons-le clairement, Noël n’est pas un anniversaire de naissance, mais la date où les chrétiens commémorent la naissance de leur sauveur, ce qui est bien différent. À vrai dire, personne ne sait quand, exactement, est né Jésus de Nazareth. Les Évangiles ne le disent pas explicitement, et il semble que personne, à l’époque, ne se soit soucié du jour précis de la naissance de cet enfant. Les dates les plus diverses ont été suggérées pendant les premiers siècles. En même temps, à Rome, l’empereur Aurélien (270-275) décrétait que l’on célébrerait le « Soleil invaincu » en tant que patron de l’Empire romain le 25 décembre, soit en pleines Saturnales, des fêtes populaires où le peuple fêtait dans la joie la fin de l’année en cours et le début d’une nouvelle année. En célébrant un soleil qui renaît par-delà les ténèbres de l’hiver, c’était en même temps un César invincible à la tête d’un empire indestructible que l’on vénérait.

Dans le but avoué de christianiser cette fête liée à la religion de l’Empire romain, à partir du IVe siècle (vraisemblablement vers 330), les chrétiens se sont mis à fêter ouvertement ce même jour la naissance de Jésus, c’est-à-dire à célébrer l’apparition sur terre de cet homme-Dieu qui était au centre de leur foi. Perçue de l’extérieur, cette date paraît donc à la fois naturelle et conventionnelle : elle coïncide avec l’événement astronomique annuel qu’est le solstice d’hiver, auquel se superposent une fête romaine décrétée par un empereur et une célébration spécifique aux chrétiens. Le lien de Noël avec à la fois le rythme annuel des saisons, des visées impériales, et des mobiles proprement chrétiens, explique que des traditions variées s’y soient amalgamées. Cette superposition de célébrations permettait, et permet encore, à des personnes de toutes croyances de festoyer ensemble, quoique pour des raisons différentes.

Noël fait partie du calendrier liturgique chrétien, c’est-à-dire du cadre annuel à l’intérieur duquel les chrétiens célèbrent cycliquement les moments importants de leur religion. Si la naissance du Christ se célèbre le 25 décembre, sa conception dans le sein de sa mère Marie doit être placée neuf mois plus tôt, soit le 25 mars de chaque année lors de la fête de l’Annonciation. Par contre, beaucoup d’Églises orthodoxes ont choisi de célébrer la naissance de Jésus le 7 janvier et l’Annonciation le 7 avril. Quoi qu’il en soit, cette fête est centrale pour les chrétiens, et en importance elle suit immédiatement la fête de Pâques qui est celle de la mort-résurrection de Jésus le Christ.

La messe de minuit, que l’on a reportée il y a quelques dizaines d’années à une heure moins tardive, est censée se célébrer en pleine nuit. On y évoque la naissance de Jésus à Bethléem, le village où, selon les récits de l’évangéliste Luc, Jésus serait né, parce que ses parents avaient dû quitter Nazareth pour se rendre en Judée en raison d’un recensement ordonné par le roi Hérode. La naissance se serait produite dans l’étable où Joseph et Marie s’étaient alors réfugiés. Les chants qui résonnèrent à cette occasion étaient ceux des anges qui, dit-on, s’étaient réjouis de l’heureux événement. Les cantiques composés par la suite ont évolué avec les siècles. La plupart des chants traditionnels que nous connaissons maintenant comme Il est né le divin Enfant, Dans cette étable, Les anges dans nos campagnes sont des adaptations d’airs populaires français et datent des XVIIIe et XIXe siècles.

Les crèches que l’on trouve dans certaines églises et maisons font partie des traditions de Noël. Cette tradition s’appuie sur un passage où Luc parle d’un « nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche ». Dans le même passage, il est question de ses parents, Joseph et Marie, et des bergers avertis de la naissance de l’enfant ; l’évangéliste Matthieu ajoute que des mages sont venus de l’Orient adorer le nouveau-né ; tous des personnages qui complètent les crèches et que l’on mettait en scène dans les « jeux » ou « mystères » du Moyen-Âge. C’est sans doute simplifier beaucoup la réalité que d’attribuer à François d’Assise la création d’une première crèche vivante en 1223 en Italie dans la grotte de Greccio. Pourtant, à partir de ces premiers essais, la coutume des crèches s’est peu à peu implantée. Mais il a fallu attendre au XVIIIe siècle avant que des crèches miniatures décorent les églises et rappellent à leur façon ces événements.

On dit parfois que le sapin avec ses feuilles persistantes signifie la renaissance de l’année et sert tout naturellement à symboliser le solstice d’hiver. L’histoire de cet arbre pourrait être plus complexe. Les Églises orientales considéraient Adam et Ève comme des saints qu’ils vénéraient la veille de Noël. Il semble que certains éléments de cette coutume aient pénétré dans l’Église latine au Moyen-Âge. Lors de représentations théâtrales jouées sur le parvis des églises, on évoquait de même la tentation d’Adam et Ève dans le jardin d’Éden par un arbre d’espèce variable auquel était suspendue une pomme, cet arbre côtoyant alors d’autres symboles comme la crèche et les bergers. Aux XVIe et XVIIe siècles, en Rhénanie (dans l’Allemagne actuelle), on aurait pris l’habitude d’installer cet arbre du paradis, appelé aussi l’Arbre du Christ, à l’intérieur des maisons pour la célébration de Noël. À l’occasion d’une mauvaise récolte en 1858, un souffleur de verre, dit-on, aurait eu l’idée de remplacer les pommes naturelles par des boules de verre rouges. Cette manière de faire se serait peu à peu diffusée dans toute l’Europe, puis jusqu’en Amérique. Depuis environ un siècle, l’arbre de Noël se retrouve régulièrement dans les maisons. Au début, il devait y être placé le 24 décembre et enlevé après la fête des Rois le 7 janvier. Il est récent qu’on l’y maintienne pendant près de deux mois.

La célébration de Noël le 25 décembre est liée au solstice et au soleil qui recommence à monter dans le ciel. Le Christ que l’on vénère à Noël est également un Christ lumière, ce qui veut dire que les bougies, le réveillon de minuit à la lueur des chandelles, une belle bûche placée dans l’âtre pour réchauffer les convives, les boules multicolores suspendues aux branches de l’arbre de Noël, font directement partie de ces festivités. S’il ne reste de tout cela de nos jours que quelques chandelles, des décorations appelées « boules de Noël » et des gâteaux sous forme de « bûches de Noël », c’est que nous nous sommes éloignés d’un monde où le feu faisait davantage rêver et où la lumière qui en jaillit parlait immédiatement à l’imagination des gens.

Selon une tradition qui remonte au XVIIe siècle, dans les familles aristocratiques, on donnait à Noël des cadeaux aux enfants. Le terme « étrennes » désignait jadis un don de bon augure, qui portait chance à celui qui le recevait, un sens qui semble avoir subsisté dans le contexte de Noël. En tous cas, la coutume des étrennes s’est généralisée au XIXe siècle avec l’apparition des grands magasins. En France et au Québec, le Père Noël, un personnage fictif, passe distribuer ces surprises; Santa Claus ou Saint Nicolas le fait dans les pays anglo-saxons. Noël est ainsi devenu pour plusieurs personnes uniquement une fête familiale où il est question de faire plaisir aux enfants. Par un curieux paradoxe, cette fête qui était celle de chrétiens adultes et autonomes, enfin en mesure au IVe siècle d’intervenir activement en tant même que chrétiens dans l’Empire romain, est trop souvent devenue une fête pour enfants-rois que l’on gave d’étrennes.

André Couture

Pour en savoir plus :
  • John F. Baldovin, « Christmas », Encyclopedia of Religion, Lindsay Jones (ed), 2nd ed., vol. 3, Macmillan Reference USA, 2005, p. 1756-1757. Gale Virtual Reference Library, go.galegroup.com/ps/i.do?p=GVRL&sw=w&u=crepuq_ulaval&v=2.1&id=GALE%7CCX3424500584&it=r&asid=1dc484ae77056eea529a00465621dac8, consulté le 23 nov. 2016.
  • Conrad, s.c. « Le sapin de Noël », http://www.fsc-canada.com/docpdf/conrad02sapin.pdf, consulté le 23 nov. 2016.
  • Guy Durand, « Noël aux multiples facettes: traditions populaires », http://www.lapresse.ca/la-voix-de-lest/opinions/collaborateurs/201512/21/01-4933475-noel-aux-multiples-facettes-traditions-populaires.php, consulté le 23 nov. 2016.
  • Philippe Rouillard, Les fêtes chrétiennes en Occident, Paris, Cerf, 2003, p. 15-23.
  • Van Gennep, Arnold, Manuel de folklore français contemporain. Tome premier, vol. VII. Cycle des douze jours, Paris, A. et J. Picard, 1958.
  • Weiser, François-Xavier, s.j. « Le folklore de l’Avent et de Noël », La Maison-Dieu, n° 59, 1959, p. 104-131.
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Que sait-on des festivités de Noël ? (PDF)

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