Vampires et zombies : sang pour sang religieux ?

À chaque année, l’Halloween fait déferler dans nos rues des milliers de petits monstres, censés rappeler l’apparition des esprits des morts lors d’un ancien rituel celtique célébré juste avant la venue d’une nouvelle année. Résultat de l’influence de succès médiatiques récents, parmi les personnages qui sonnent à nos portes surgissent un lot de vampires à la Twilight et de zombies à la Walking Dead. Mais croiriez-vous que ces personnages aient un ADN religieux commun ? Pourriez-vous imaginer des zombies protestants, des zombies catholiques, des vampires mormons ? Levons le masque derrière lequel se cachent ces monstres !

L’univers dans lequel évolue le zombie n’est pas sans rappeler l’Apocalypse. Dans ce dernier livre de la Bible chrétienne, le scénario de la fin des temps laisse finalement apparaître un monde dévasté par des tremblements de terre, avec des villes détruites par le feu et des humains accablés par divers fléaux. La résurrection des morts qui précède le jugement dernier est probablement l’un des thèmes les plus importants de cette eschatologie. Mais si l’on y regarde bien, le retour des morts à la vie tel que décrit par la Bible fait également paradoxalement penser aux vampires et aux zombies. On ne se surprendra donc pas que, dans la tradition populaire haïtienne, le Christ puisse être considéré comme le premier zombie !

Curieusement, le lieu où séjournent les vampires et les zombies se présente comme une inversion du monde céleste en tant que lieu de l’ultime salut. Récompense offerte aux élus, le ciel est radieux ; ses résidents sont dotés d’un corps lumineux ; les anges y volent ; la musique y est omniprésente, et il flotte dans l’air une odeur de roses. Dans le séjour infraterrestre où évoluent les monstres comme ceux qui apparaissent lors de l’Halloween, les justes se sentent menacés, la lumière se raréfie, et les morts-vivants ont peine à déplacer des corps en décomposition à l’odeur nauséabonde. Étrangement, ce monde n’a de sens qu’en relation à la géographie de l’au-delà chrétien. Mais regardons plus attentivement ce qui se passe.

Mine de rien, ces rôdeurs nocturnes transforment en fait le cœur même du message chrétien. Pour le christianisme, l’accès au Royaume de Dieu est rendu possible grâce au sacrifice de Jésus-Christ. Les croyants commémorent cet évènement tous les dimanches lors de l’Eucharistie. Ceux qui communient ainsi au corps et au sang du Christ se nourrissent d’un aliment qui les renforce et leur permettra de jouir un jour de la vie éternelle. Le vampire et le zombie, à l’image de Satan, transgressent le rite chrétien : ces êtres difformes mangent le corps et boivent le sang des mortels pour prolonger, dans cette vie terrestre, une misérable vie agitée de pulsions animales. Le comportement des monstres de l’Halloween présente donc, comme dans un miroir, un christianisme inversé.

Mais avez-vous remarqué que les zombies de la série américaine Walking Dead présentent un aspect plus menaçant que ceux de la série française Les revenants ? Derrière ces deux séries, il y a peut-être l’opposition entre la conception que les protestants et les catholiques se font des morts. Il semble en effet qu’en rejetant le purgatoire des catholiques, le monde protestant se soit davantage coupé de ses morts. Ce qui veut dire que le zombie protestant a plutôt tendance à hanter et à pourchasser les vivants, tandis que le zombie catholique refléterait davantage la solidarité entre les humains d’ici-bas et les fidèles ressuscités auprès de Dieu.

Ces réflexions laissent subsister une énigme. Pourquoi Edward, le vampire de la série Twilight, est-il si différent des autres vampires ? La réponse est peut-être due au fait que Stephenie Meyer, l’auteure qui a créé Edward, est membre de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, ceux que l’on appelle les mormons. Le corps brillant d’Edward n’est autre que le corps glorieux, le signe d’une grande évolution spirituelle selon le dogme de cette religion. Tout comme le veut la règle mormone, Bella, l’héroïne de la série, ne consomme ni café, ni thé, ni alcool et ni tabac. Cette religion prescrit aussi l’abstinence de relations sexuelles avant le mariage. Il devient ainsi plus facile de comprendre qu’Edward se refuse aux avances de Bella et que les deux héros, selon les croyances mêmes de cette Église, souhaitent vivre une union éternelle !

Lorsque, le soir du 31 octobre, vous donnerez vos bonbons aux petits monstres, rappelez-vous que, derrière ces masques, se dissimule encore un peu de religieux. Et surtout, n’oubliez pas ! Si un petit Edward vous demande des friandises, évitez la saveur de café… Qui sait ?

Pour en savoir plus :

  • Vovelle, Michel, « La mort et l’Au-delà dans la bande dessinée », L’Histoire, n° 3, 1978, p. 34-42. [Bonne synthèse de la question abordée dans ce texte.]
  • Couture, André, « D’où nous est venue l’Halloween ? », https://croir.ulaval.ca/nouvelle/dou-nous-est-venue-lhalloween/, consulté le 21 oct. 2016.

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Vampires et zombies
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Source de la photo :
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